François BARRILLOT (1818-1874), poète lyonnais, chansonnier,
dramaturge.
Ouvrier lithographe à Lyon, poète et journaliste à Paris, il
devient ensuite une des grandes figures de la presse satirique lyonnaise
(fondateur du Journal du Guignol). Il maîtrisait admirablement le patois canut.
« Un paradis en rêve »
Rare manuscrit autographe signé sous forme d'une petite
nouvelle destinée au photographe et journaliste Étienne CARJAT. 6 p., 20
x 1 5,5 cm.
Le début de son manuscrit est une sorte de lettre introductive
adressée à Étienne Carjat : « Permets-moi de te narrer un rêve exotique et
bizarre nouvellement éclos dans ma cervelle. Il lui décrit les conditions dans lesquelles
il était : allongé, fumant sa pipe. « ouvre les yeux de ta pensée mon cher Étienne
et dépose les crayons ».
Il s’endort au son des clochettes argentines, son corps devient
léger, s’envole sur l’aile des zéphyrs. Il arrive dans une ville fabuleuse. «
Je ne parlerai pas de l’architecture et des sculptures des maisons et des
monuments, c’est indescriptible ! ». Ce qui lui causa le plus d’étonnement,
« ce fut la population polie, honnête et fraternelle de ce paradis terrestre
».
Il rencontre un vieillard qui lui explique qu’un sage «
fait quelques lais très simples, et cela, comme vous le voyez, a suffi pour
changer la face des choses » et l’engage à le visiter. La première chose
qu’il note est la beauté des femmes.
Elles avaient toutes à leur corsage, cette phrase brodée en
soie rose : « Aime l’âme et n’abuse pas de la chair ». Quant aux hommes,
ils avaient, brodé en fil d’or sur le parement, cet aphorisme : « Travailler c’est s’élever
».
Il entre dans un restaurant. Sur chacune des quatre bouteilles
disposées sur une table, des devises : «
Si tu as soif désaltère-toi » pour de l’eau rougie, bois sagement pour du
vin pur, « défie-toi ! » pour du vin plus capiteux, et pour la dernière
boisson, sans doute pour une liqueur forte, « prends garde à la folie ».
Il entre dans un bal avec cette autre devise : « Le plaisir est la
récompense du travail ». Il commence à faire quelques pas de danse avec une
femme lorsqu’il se réveille à la suite des coups donnés à sa porte. Une
personne se présente comme huissier. Il n’a que son éloquence à offrir en
monnaie et finalement arrive à le convaincre.
Il est joint un billet autographe signé adressé au même par
lequel il renvoie son « article corrigé quant à la phrase et les types m’en
avaient pas mal estropiées » ainsi qu’une note manuscrite datée 1846 sur
l’état précaire de sa personne et de sa famille en vue de leur venir en aide.
Dans cette note, il est mentionné en tant qu'« ouvrier lithographe ».
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