La collection d'autographes et de manuscrits

Quelques fondamentaux de la collection d'autographes et de manuscrits

 

« Dans ce moment, nous achetons force mémoires, correspondances, autographes, tous documents d’humanité, – le charnier de la vérité » (extrait du Journal des frères Goncourt (6 mars 1867).


Bref aperçu : historique, authenticité, expertise, valeur et marché

 

La collection d'autographes est un domaine particulier du marché de l’art - de niche dit-on - mais qui possède une résonnance qui va au-delà des modes du moment. Tous les autographes sont d’une certaine manière des sources directes et uniques de l’histoire de l’humanité. Ils révèlent des connaissances et fournissent les preuves. Ce n'est cependant pas un domaine réservé aux esthètes et aux collectionneurs chevronnés. Nous entendons ici le faire découvrir à tous les publics de la manière la plus simple et la plus sérieuse possible.

Toutes les grandes civilisations ont inventé et développé une façon d’écrire et de conserver leurs écrits. Nous en découvrons la matérialité presque tous les jours.

Que ce soit, si l’on remonte dans le temps, des écrits antiques. Ainsi en mai 2026, une équipe internationale de chercheurs a reconstitué des pages perdues d’un manuscrit de l’Ancien Testament sous forme d’un codex.

Ce peut être aussi des lettres d’écrivains, des manuscrits de scientifiques ou d’artistes plasticiens, comme ce carnet de dessins avec des notes autographes de célèbre sculpteur Constantin Brancusi

Il peut tout simplement s'agir de journaux intimes, de lettres de correspondances privées qui documentent la biographie d’un parent témoin d’un événement historiquement important : déportation, guerre, fêtes… Ainsi font pleinement partie de notre patrimoine les correspondances de poilus de la Grande Guerre.

Le champ des autographes est ainsi impressionnant par sa diversité et il est nécessaire parfois d’être accompagné dans sa recherche par des spécialistes, notamment des experts et des marchands. Ces derniers font le pont entre ce qui est éparpillé ici ou là et les collectionneurs, érudits et amateurs, qu’ils soient des personnes privées ou des entités publiques.

À ce titre, CDGalerie vend des autographes à tous ceux qui considèrent le patrimoine écrit comme un bien à défendre et à conserver.

N’hésitez pas à nous faire part de vos recherches et de vos envies. Nous recevons régulièrement des demandes en ce sens.

Vous trouverez ci-dessous un lexique et un petit guide qui vous aideront à vous retrouver dans les acronymes utilisés par les spécialistes et experts ainsi que quelques ressources bibliographiques.

 

Lexique des principaux termes et abréviations utilisés pour décrire les manuscrits et les autographes

LAS : lettre autographe signée, c’est-à-dire écrite de la main de l’auteur ainsi que signé par lui ;

LA : lettre autographe mais sans la signature de l'auteur ; 

LS : lettre signée. L’auteur n’a pas écrit lettre, l’a uniquement signé en a pu la dicter ;

LDS : lettre dactylographiée signée ;

MAS : manuscrit autographe signé, c’est-à-dire de la main de l’auteur ainsi que signé par lui ; 

MA : manuscrit autographe, mais sans la signature de l'auteur ; 

PAS : pièce autographe signée, ce n’est pas une lettre, mais un document, comme une reconnaissance de dettes ;

PA : pièce autographe, mais sans la signature de l'auteur ; 

DS ou PS : document signé ou pièce signée ;

Brouillon : « Premier état d'un texte destiné à être retouché, corrigé, puis recopié » (Dictionnaire de l’Académie française) ;

Manuscrit de premier jet : la première version complète d’un texte, d’un manuscrit ;

En-tête : inscription en tête d'un papier qui donne une identité ;

Chiffre (à son chiffre) : entrelacement de deux ou de plusieurs lettres initiales du nom d’une personne (une lettre à son chiffre gravé) ; 

Correspondance : un échange de courriers sur une période déterminé, elle peut être passive si elle est considérée du point de vue de la personne qui l'a reçue ;

Fac-similé : la reproduction lithographiée, imprimée à l'identique d'un écrit.

 

"Là où il y a des livres, il y a des autographes !"

Le document autographe est intimement lié au livre et à la bibliophilie.

Ainsi peut-on trouver des : 

envois autographes signés, se présentant sous forme de dédicaces autographes signées sur la page de faux titre.

des exemplaires de livres truffés, qui contiennent, montée sur onglet, une lettre autographe signée ou tout autre document en rapport avec l'ouvrage.

 

Les questions d’authenticité, d’originalité de copie et de faux

C'est évidemment un enjeu majeur.

Les faux existent depuis le début de l’écriture. Une lettre est authentique lorsqu’elle est « vraie » en ce sens qu’elle n’est pas un faux. Le faux pouvant être une ressemblance-imitation d’écriture ou de signature avec une évidente intention de tromper.

Le cas du fac-similé est un peu part. S'il est réalisé dans l'intention de tromper, son auteur tombe sous le coup de la loi ; s'il fait partie d'un recueil annoncé comme tel - il en a été édité depuis l'invention de la lithographie - le problème ne se pose pas. Mais vrai ou faux : il n’y a pas d’entre-deux.

C'est donc surtout l'expérience qui permettra d'éviter des erreurs en s'appuyant sur quelques fondamentaux : l'analyse de l'écriture, l'analyse du papier, l'étude du contexe historique et tout autre élément d'identification. 

L'identification est un domaine parallèle qui qui prend souvent l'allure d'enquête. Les ressources numérisées des bibliothèques et des bases de données permettent plus facilement de résoudre les problèmes d'identification, mais attention de ne pas aller trop vite et de vouloir absolument croire ce que l'on suppose. Un bon expert prendra le temps qu'il faut. 

Il ne faut confondre les faux avec les copies qui peuvent être légitimes. Nombre de scripteurs ont réalisé des copies autographes ou fait réaliser des copies de leurs lettres, et heureusement ! Nous avons dès lors la trace de leurs envois ce qui facilite parfois la compréhension de correspondances.

La qualification d’originalité est parfois employée à la place d’authentique, mais elle s’applique plus correctement pour les œuvres d’art et dans ce champ pour les multiples (estampes).

Les formats

Les formats des autographes suivent grosso modo ceux des livres, ces derniers étant plus grands que ceux annoncés dans la description des autographes.

In folio (moins de 40 cm)

In-4 (moins de 30 cm)

In 8 (moins de 25 cm)

In-12 (moins de 20 cm) : format livre de poche.

In-16 (moins de 16 cm)

In-18 (moins de 14 cm)

In-32 (moins de 10 cm)

 

Le marché des autographes et les valeurs

Etre marchand d'autographes, c'est d'abord, et avant tout, exercer un "métier-passion", une manière originale d'interroger et de comprendre le passé à travers les "vieux papiers", d'alimenter notre mémoire humaine et, aujourd'hui, l'intelligence artificielle pour notre bien commun (l'IA bien utilisée peut rendre des services incomprables à la recherche en sciences sociales).

Le métier de marchand est mis au service des collectionneurs chevronnés ou non, d'historiens professionnels ou amateurs, d'érudits, de généalogistes, de simples amateurs qui souhaitent, par exemple, vivre avec quelques traces d'un auteur qu'ils aiment. 

Alors oui, faisant partie du marché de l'art au sens large, il y a bien un marché monétaire des autographes qui se porte plutôt bien. Ce marché des autographes a traversé les crises économiques et politiques des siècles passés, car il a toujours conservé des collectionneurs et dénote ainsi une remarquable stabilité sur le long terme. 

Pour le comprendre, on doit l'appréhender en ses différents matières (histoire, beaux-arts, littérature, sciences...) et en ses différents segments ou "sous-domaines" (grands auteurs comparé aux "littérateurs" ; artistes majeurs et "petits-maîtres", etc.).

Tout n'est pas simple. L'importance historique du scripteur est une donnée importante mais par forcément suffisante. Les prix s'appuient aussi sur des données objectives : intérêt, contenu, rareté et in fine demande pour un type de document. Ce n'est pas parce que c'est ancien que c'est cher et rare. Cependant, là où il y a de la passion, il peut y avoir de la déraison qui expliquent en partie des prix de vente et d'acquisition très élevés. Le coeur du marché ne réagit pas ainsi : l'immense majorité des lettres autographes et des manuscrits autographes est tout à fait abordable à tout un chacun. (A suivre).

 

Pour aller plus loin dans la connaissance des autographes : 

Le XIXe est le grand siècle qui voit apparaître de nombreux de collectionneurs. D'importantes collections se constituent. On réfléchit également à la manière de les présenter scientifiquement et de les publier.

En 1836, Pierre-Jules Fontaine, libraire et marchand d'autographes publie le Manuel de l'amateur d'autographes qui donne des conseils pour le collectionneur. L'auteur s'intéresse également à l'histoire des collections et des collectionneurs.

L'ouvrage de Félix-Sébastien Feuillet de Conches (1798-1887) Causeries d’un curieux, variétés d’histoire et d’art, tirées d’un cabinet d’autographes et de dessins (Plon, 1862-1868.), devient rapidement un classique.

Aujourd'hui, le manuel le plus connu et le plus accessible est celui du marchand et expert Alain Nicolas : 

Alain Nicolas, Les autographes, Maisonneuve & Larose, 1988. L'ouvrage est épuisé, on peut le trouver assez facilement chez les marchands de livres d'occasion et les plateformes de vente de livres.

Depuis le XlXe siècle, il  existe de nombreux ouvrages qui font la recension de prestigieuses collections. Il sont pour certains consultables sur la bibliothèque des documents numérisés Gallica dépendant de la Bibliothèque nationale.

On peut aussi se plonger dans de nombreuses correspondances scientifiquement présentées.

Nous vous recommendons vivement de parcourir les expositions virtuelles de la Bibliothèque nationale de France, notamment celle intitulée Brouillons d'écrivains. Un catalogue papier existe par ailleurs.

Enfin, un très intéressant article en ligne étudie les liens historiques entre les collections d'autographes et les archives publiques : 

Dominique Pety. La fabrication des archives. Le rôle des collectionneurs au XIXe siècle. Les archives au XIXe siècle. Nouveaux partages, nouveaux usages, 2017.